Publié le 2024-05-31 10:00:00. Le nombre de personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique (IRC) a atteint un triste record mondial en 2023, affectant 788 millions d’individus, soit plus du double du chiffre de 1990. Cette maladie, désormais neuvième cause de mortalité dans le monde, est en nette augmentation, alimentée notamment par le vieillissement de la population.
- 788 millions de personnes touchées par l’IRC en 2023, contre 378 millions en 1990.
- L’IRC est la 9ème cause de décès et la 12ème cause d’invalidité à l’échelle planétaire.
- 14% des adultes mondiaux seraient atteints d’une forme de maladie rénale chronique.
Les reins, essentiels à la filtration des déchets sanguins, voient leur fonction décliner progressivement dans le cas de l’IRC. Si les premiers stades peuvent être asymptomatiques, les formes avancées exigent des traitements lourds comme la dialyse ou la transplantation rénale. Selon une étude majeure publiée ce jeudi dans la revue scientifique The Lancet, réalisée par des chercheurs de NYU Langone Health, de l’Université de Glasgow et de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington, près de 14 % de la population adulte mondiale souffre d’une maladie rénale chronique. En 2023, cette pathologie a causé 1,5 million de décès, un chiffre en augmentation de plus de 6 % par rapport à 1993, et ce, même en ajustant les données selon l’âge des populations.
« Notre travail met en évidence que la maladie rénale chronique est courante, mortelle, et qu’elle est en train de devenir un problème de santé publique majeur. Ces résultats soutiennent les efforts visant à la faire reconnaître, au même titre que le cancer, les maladies cardiaques et les troubles mentaux, comme une priorité mondiale. »
Josef Coresh, directeur de l’Institut pour le vieillissement optimal à NYU Langone et co-auteur de l’étude
Cette prise de conscience semble progresser au plus haut niveau. En mai 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement intégré l’IRC dans ses objectifs de réduction d’un tiers des décès prématurés dus aux maladies non transmissibles d’ici 2030. L’analyse fait partie du Global Burden of Disease (GBD) 2023, une initiative internationale de suivi de la santé qui a compilé des données issues de 2 230 articles scientifiques et d’informations nationales provenant de 133 pays.
Les chercheurs ont également souligné le lien étroit entre une fonction rénale compromise et les maladies cardiovasculaires. Une fonction rénale dégradée serait ainsi responsable d’environ 12 % des décès cardiovasculaires dans le monde. Parmi les principaux facteurs de risque identifiés pour le développement de l’IRC figurent l’hyperglycémie, l’hypertension artérielle et l’obésité.
Bonne nouvelle cependant, la plupart des cas sont diagnostiqués à des stades précoces. Ce diagnostic précoce est crucial, car un traitement adapté, incluant médication et modifications du mode de vie, peut permettre d’éviter le recours à des solutions plus invasives et coûteuses comme la dialyse ou la transplantation rénale.
« La maladie rénale chronique est sous-diagnostiquée et sous-traitée. Notre rapport souligne la nécessité d’étendre les tests urinaires pour un diagnostic précoce et de garantir que les patients aient accès au traitement. »
Morgan Grams, néphrologue et professeur à la NYU Grossman School of Medicine, co-auteur de l’étude
Morgan Grams a toutefois rappelé que l’accès aux traitements de suppléance rénale reste très limité dans les régions à faibles revenus, telles que l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. Si de nouveaux médicaments prometteurs ont vu le jour ces cinq dernières années, capables de ralentir la progression de l’IRC et de réduire les risques d’événements cardiovasculaires, leur impact global prendra encore du temps à se matérialiser.