Publié le 2024-02-29 14:35:00. Des chercheurs ont identifié un mécanisme viral qui accélère la réplication du virus de l’hépatite C (VHC), en particulier chez les patients immunodéprimés, ouvrant la voie à une meilleure compréhension de l’évolution de la maladie et à des traitements plus ciblés.
- Une région spécifique du génome viral, baptisée ReED, joue un rôle clé dans l’augmentation de la réplication du VHC.
- Les patients ayant subi une greffe de foie ou co-infectés par le VIH et le VHC présentent une prévalence plus élevée de variants viraux à forte réplication.
- Les médicaments antiviraux existants semblent efficaces contre ces variants agressifs du VHC.
Le virus de l’hépatite C, souvent présent sous forme de multiples variantes génétiques au sein d’un même individu, peut évoluer vers une forme particulièrement agressive, surtout chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. Cette capacité d’adaptation génétique permet au VHC d’échapper aux défenses immunitaires, mais les mécanismes précis de cette évolution restent mal connus. Une équipe de l’Université de Heidelberg en Allemagne a entrepris d’étudier les facteurs qui favorisent une réplication virale plus rapide et donc une plus grande efficacité du virus.
Les chercheurs ont analysé des échantillons de VHC prélevés sur une personne ayant reçu deux greffes de foie. Avant la première greffe, le patient présentait une diversité de variants viraux à faible réplication, une situation typique des infections chroniques. Cependant, après la greffe, la population virale s’est uniformisée autour d’un variant dominant dont la capacité de réplication était plus de 50 fois supérieure à celle des variants précédents. En reconstruisant en laboratoire différentes versions du virus, l’équipe a identifié une région spécifique du génome viral, située dans le segment NS5A et nommée Replication Enhancing Domain (ReED), comme étant responsable de cette accélération de la réplication.
Selon les chercheurs, la région ReED agit normalement comme un frein, ralentissant la réplication virale et maintenant l’infection dans un état chronique tout en dissimulant le virus au système immunitaire. Lorsque cette région accumule des mutations, ce frein se relâche, entraînant une explosion de la réplication virale, en particulier chez les patients immunodéprimés. Cette découverte a été confirmée en étudiant une cohorte de 22 patients, dont certains souffraient d’une forme grave et potentiellement mortelle d’atteinte hépatique, l’hépatite cholestatique fibrosante. Ces patients présentaient tous des variants du VHC à forte réplication, caractérisés par de multiples mutations dans la région ReED. De nombreuses cellules hépatiques étaient infectées, témoignant de l’agressivité de l’attaque virale.
« Nous avons identifié une capacité de réplication élevée comme une caractéristique générale du VHC chez les patients atteints d’hépatite cholestatique fibrosante, plaidant en faveur d’un lien direct entre l’augmentation de la réplication virale et l’évolution grave de la maladie »
Chercheurs de l’Université de Heidelberg
L’étude a également révélé que ces variants agressifs du VHC se retrouvent dans d’autres populations immunodéprimées, notamment les personnes co-infectées par le VIH et le VHC, ainsi que les patients atteints d’un carcinome hépatocellulaire, la forme la plus courante de cancer du foie. Les chercheurs ont observé que les signatures génétiques d’une forte capacité de réplication sont rares chez les patients dont le système immunitaire est intact, mais plus fréquentes en cas d’immunosuppression profonde, comme celle observée après une transplantation.
De manière encourageante, les chercheurs ont constaté que les traitements antiviraux à action directe actuellement disponibles restent efficaces contre ces variants agressifs du VHC. Pour en savoir plus sur l’hépatite C.