Malgré une croyance tenace, la consommation d’œufs, même enrichis, ne semble pas avoir d’impact négatif sur le taux de cholestérol chez les personnes à risque cardiovasculaire. Une étude américaine, présentée lors de la session scientifique annuelle de l’American College of Cardiology, vient nuancer les craintes liées à ce produit alimentaire.
Longtemps considérés comme un aliment à éviter pour préserver sa santé cardiaque, les œufs font l’objet de débats récurrents. La crainte principale ? Leur teneur en cholestérol, susceptible d’augmenter le taux sanguin et, par conséquent, le risque de maladies cardiovasculaires. Pourtant, les conclusions de l’essai prospectif contrôlé PROSPERITY, mené sur quatre mois, suggèrent que cette association n’est pas aussi automatique qu’on le pensait. Les résultats indiquent que les niveaux de cholestérol sont restés similaires chez les participants consommant régulièrement des œufs enrichis et ceux qui en évitaient.
L’étude a recruté 140 patients, âgés de 50 ans et plus (moyenne d’âge de 66 ans), présentant déjà une maladie cardiovasculaire ou en présentant un risque élevé (deux facteurs de risque parmi l’hypertension, l’hypercholestérolémie, un IMC élevé ou le diabète). La moitié des participants étaient des femmes et 27 % étaient noirs. Les participants ont été aléatoirement répartis en deux groupes : le premier devait consommer 12 œufs enrichis ou plus par semaine, tandis que le second devait se limiter à moins de deux œufs par semaine, enrichis ou non.
« Nous savons que les maladies cardiovasculaires sont, dans une certaine mesure, influencées par des facteurs de risque tels que l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, l’augmentation de l’IMC et le diabète. Les habitudes et habitudes alimentaires peuvent avoir une influence notable sur ceux-ci et il y a eu beaucoup d’informations contradictoires sur la sécurité de la consommation des œufs, en particulier pour les personnes souffrant ou à risque de maladie cardiaque », explique Nina Nouhravesh, MD, chercheuse au Duke Clinical Research Institute de Durham, en Caroline du Nord, et auteure principale de l’étude. Elle ajoute : « Il s’agit d’une petite étude, mais elle nous rassure sur le fait que manger des œufs enrichis est acceptable en ce qui concerne les effets lipidiques sur quatre mois, même parmi une population à plus haut risque. »
Les œufs, source de protéines et de cholestérol alimentaire, ont ici été étudiés sous leur forme enrichie. Ces spécimens se distinguent par une teneur réduite en graisses saturées et un apport accru en vitamines et minéraux essentiels tels que l’iode, la vitamine D, le sélénium, les vitamines B2, B5, B12 et les acides gras oméga-3.
L’objectif principal de l’étude était d’évaluer les effets de cette consommation sur le cholestérol LDL (mauvais cholestérol) et HDL (bon cholestérol). Des analyses sanguines ont été réalisées au début de l’étude, puis à un et quatre mois. Des appels téléphoniques ont permis de suivre l’adhésion au régime, notamment pour le groupe consommant des œufs enrichis.
Les résultats ont révélé une légère réduction du cholestérol HDL (-0,64 mg/dL) et LDL (-3,14 mg/dL) dans le groupe ayant consommé des œufs enrichis. Bien que ces différences ne soient pas statistiquement significatives, les chercheurs y voient une preuve que la consommation de 12 œufs enrichis par semaine n’a pas d’impact négatif sur le cholestérol sanguin chez cette population. Parmi les critères secondaires, une tendance à la baisse a été observée pour le cholestérol total, le nombre de particules LDL, l’apoB (un autre biomarqueur lipidique), la troponine de haute sensibilité (marqueur de lésion cardiaque) et les scores de résistance à l’insuline. Parallèlement, une augmentation de la vitamine B a été constatée.
« Bien qu’il s’agisse d’une étude neutre, nous n’avons pas observé d’effets indésirables sur les biomarqueurs de la santé cardiovasculaire et il y avait des signes d’avantages potentiels de la consommation d’œufs enrichis qui justifient des recherches plus approfondies dans des études plus vastes car elles génèrent davantage d’hypothèses ici », précise Nina Nouhravesh. Les analyses de sous-groupes ont d’ailleurs mis en évidence une augmentation du HDL et une diminution du LDL chez les participants âgés de 65 ans et plus, ainsi que chez ceux atteints de diabète, consommant des œufs enrichis.
L’origine de la mauvaise réputation des œufs est souvent attribuée à leur teneur en cholestérol, mais les experts soulignent l’importance de considérer ce qui accompagne leur consommation. Un petit-déjeuner composé d’œufs, de pain beurré, de bacon et de viandes transformées représente un risque cardiovasculaire bien plus élevé que l’œuf lui-même. Comme le rappelle Nina Nouhravesh, il est toujours recommandé aux personnes souffrant de maladies cardiaques de discuter de leur alimentation avec leur médecin.
Il est à noter que cette étude monocentrique présente certaines limites, notamment sa petite taille et le recours à l’auto-déclaration des patients pour la consommation alimentaire. De plus, il s’agissait d’une étude ouverte, où les participants étaient conscients de leur groupe d’affectation, ce qui a pu influencer leur comportement.
L’étude a été financée par Eggland’s Best.