Une résurgence inquiétante de la rougeole en Catalogne, spécifiquement dans la région de Garraf, a mis les autorités sanitaires en état d’alerte. La Generalitat, par la voix de sa porte-parole Silvia Paneque, pointe du doigt les groupes négationnistes et anti-vaccins, les jugeant responsables de cette flambée virale. Pour éclaircir la situation, ses origines et les risques associés, le Dr Ferran Moraga-Llop, ancien porte-parole de la Société Catalane de Pédiatrie et actuel membre de l’Association Espagnole de Vaccinologie, a apporté des éclaircissements cruciaux.
La baisse de la vaccination, cause principale de la recrudescence
Le Dr Moraga-Llop est formel quant à l’origine du problème : « La cause principale des épidémies de rougeole ici et dans de nombreux endroits en Europe est la diminution de la couverture vaccinale de la population ». Ce recul de la vaccination ne s’explique pas uniquement par le rejet pur et simple des vaccins par certains groupes. Il est également alimenté par des personnes qui, par manque d’information ou par doute, « retardent leur administration ou ne la font que partiellement ».
À titre d’exemple, l’expert cite ceux qui ne reçoivent qu’une seule des deux doses recommandées du vaccin. Ces derniers demeurent ainsi « sensibles » à l’infection. Pour le Dr Moraga-Llop, le message est clair : « La cause principale des épidémies est la diminution de la couverture vaccinale de la population ».
La rougeole, une maladie potentiellement grave
La rougeole est une infection virale qui se prévient efficacement par la vaccination. Bien qu’elle soit traditionnellement associée à l’enfance, elle peut toucher tout individu non vacciné à tout âge. Le Dr Moraga-Llop met en garde contre les « groupes à risque » où la maladie peut revêtir une gravité accrue. Cela concerne notamment « les adultes en général, les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes ».
De surcroît, dans les populations souffrant de malnutrition, la rougeole présente un pronostic plus défavorable. Parmi les cas confirmés lors de l’épidémie actuelle, certains ont nécessité une hospitalisation, bien qu’aucun cas grave n’ait été signalé à ce jour. L’expert rappelle que la létalité de la rougeole n’est pas négligeable : lors d’épidémies importantes, elle peut atteindre un décès pour mille cas.
Il est également important de dissiper une ancienne croyance. Autrefois, il était courant d’exposer les enfants au virus dans l’espoir d’une meilleure évolution que chez l’adulte. Le Dr Moraga-Llop condamne fermement cette pratique : « il ne faut pas forcer la contagion ».
Calendrier vaccinal et protection : un rappel essentiel
La protection immunitaire de la population varie significativement en fonction de l’année de naissance. Le Dr Moraga-Llop explique que toutes les personnes nées avant 1978 sont considérées comme naturellement protégées, ayant été exposées au virus à une époque où il circulait librement. La situation a évolué à partir de cette année-là avec l’introduction généralisée du vaccin contre la rougeole en Espagne.
Pour cette raison, toutes les personnes nées après 1978 sont invitées à vérifier leur carnet de vaccination. Si elles n’ont jamais contracté la maladie ni reçu le vaccin, la recommandation est sans équivoque : « il faut recevoir deux doses du vaccin contre la rougeole, aujourd’hui le ROR (rougeole, oreillons, rubéole), avec un intervalle de quatre semaines entre les deux » précise le porte-parole de l’Association Espagnole de Vaccinologie.
Concernant la durée de l’immunité, le Dr Ferran Moraga-Llop confirme que toutes les études disponibles indiquent une protection durable. « En principe, oui, c’est pour toujours », assure-t-il. Il adresse ainsi un message de quiétude à ceux qui ont suivi scrupuleusement le schéma vaccinal : « Dans la population générale qui a reçu ses deux doses, le comportement est de ne pas administrer de doses supplémentaires. Qu’ils soient tranquilles ».
Les rappels vaccinaux ne sont envisagés que dans des cas exceptionnels, tels que pour les patients immunodéprimés.