Publié le 2025-10-09 06:17:00. La Cour des comptes européenne tire la sonnette d’alarme sur l’envolée de la dette communautaire et l’augmentation des paiements d’intérêts, appelant à une implication accrue dans la définition du futur cadre financier pluriannuel de l’UE.
- La dette de l’Union européenne pourrait dépasser 900 milliards d’euros d’ici 2027.
- Les paiements d’intérêts sur les emprunts liés à la pandémie de Covid-19 pourraient atteindre près de 74 milliards d’euros entre 2028 et 2034.
- La Cour des comptes signale des irrégularités et des soupçons de fraude dans l’utilisation des fonds européens, notamment le Fonds de relance européen (ARE).
Les auditeurs européens tirent la sonnette d’alarme : le poids croissant de la dette communautaire limite les marges de manœuvre de l’Union. Dans son dernier rapport annuel, Tony Murphy, président de la Cour des comptes, a alerté la Commission européenne sur les conséquences d’un endettement inédit contracté en 2020 pour financer un fonds de reconstruction de plus de 800 milliards d’euros. L’objectif de ce fonds était de répondre aux impacts de la pandémie, d’accélérer la transition énergétique et la numérisation. Ce recours massif à l’emprunt, censé rapprocher les États membres, doit désormais être remboursé entre 2028 et 2058.
Les chiffres avancés par la Cour des comptes sont préoccupants. L’encours total des obligations de l’UE devrait franchir la barre des 900 milliards d’euros d’ici 2027. De plus, les seuls paiements d’intérêts liés au programme d’emprunt « Corona » devraient s’élever à plus de 30 milliards d’euros pour l’exercice budgétaire en cours, soit plus du double des estimations initiales de la Commission européenne (14,9 milliards d’euros). Cette charge financière pourrait même grimper à près de 74 milliards d’euros entre 2028 et 2034. Ces perspectives soulèvent des inquiétudes quant à la viabilité des futurs budgets de l’UE et à la capacité de Bruxelles à financer d’autres programmes européens essentiels.
Parallèlement à ces préoccupations budgétaires, la Cour des comptes a relevé des « irrégularités » dans la gestion du Fonds de relance européen (ARE). Sur 28 paiements totalisant 59,9 milliards d’euros effectués auprès des États membres en 2024, six n’auraient pas respecté les règles en vigueur. Plus alarmant encore, les auditeurs ont identifié 19 cas où des soupçons de fraude ont été émis lors de leur contrôle. Ces constats interviennent dans un contexte où le budget de l’UE a néanmoins réussi à réduire les réservations incorrectes dans l’ensemble.
Alors que le débat sur la prochaine période budgétaire de l’UE (à partir de 2028) bat son plein, les auditeurs plaident pour une plus grande attention portée à la mesure des performances, à la transparence et à la redevabilité. Ils affirment leur volonté d’être directement associés aux discussions sur le nouveau budget afin de protéger les « intérêts financiers de l’UE ».
Bruxelles prépare une refonte ambitieuse du cadre budgétaire, visant à porter son volume de 800 milliards d’euros actuels à 2 000 milliards. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, évoque un « budget adapté à la réalité d’aujourd’hui et aux défis de demain ». Ce nouveau cadre ambitionne de réorienter les priorités de l’UE, au-delà des actuelles répartitions (un tiers pour l’agriculture, un tiers pour les régions moins développées, un tiers pour le reste), afin de répondre aux impératifs de la compétition technologique mondiale (ordinateurs quantiques, intelligence artificielle), à la lutte contre le changement climatique et au remboursement des dettes contractées durant la pandémie. Cependant, cette proposition suscite déjà des controverses, notamment en raison de l’introduction de nouvelles ressources propres, déguisées en « impôts communautaires », pour financer ce budget élargi. La Commission envisage une taxe sur les entreprises réalisant plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, une taxe sur les déchets électroniques, ainsi qu’une redistribution d’une partie des recettes des taxes sur le tabac des États membres. La perspective de nouveaux emprunts supplémentaires est également débattue, se heurtant à une forte résistance, particulièrement de la part des pays contributeurs nets comme l’Allemagne.