L’Université Laval se prépare à lancer un programme unique en son genre au Québec : un nanoprogramme dédié à la médecine des arts de la scène. Cette initiative, portée par la Dre Caroline Blouin, vise à combler un manque criant de formation spécialisée pour les professionnels de la santé qui souhaitent accompagner les artistes dans leurs défis physiques et psychologiques.
Ce nanoprogramme, qui débutera en janvier 2027, sera accessible à distance aux étudiants de la Faculté de médecine et de toutes les sciences de la santé. Il s’articulera autour de trois modules introductifs à la médecine des arts de la scène, explique la Dre Blouin.
La médecine des arts, comparée à la médecine sportive, s’intéresse aux problématiques spécifiques rencontrées par les artistes en raison de leur pratique. « Les violons altos, quand on joue, on tasse un petit peu la mâchoire. Il y en a qui ont des problèmes à cause de ça », illustre la dentiste, également premier violon associé dans l’Orchestre symphonique de Lévis.
La Dre Blouin a elle-même vécu une expérience marquante qui l’a orientée vers cette spécialité. Après avoir dû mettre de côté sa carrière de violoniste pour des raisons de santé, elle a découvert la médecine des arts lors de ses études en médecine dentaire, grâce à un dentiste français spécialisé dans le traitement des instrumentistes. « C’est assez rare, un dentiste pour musicien », souligne-t-elle.
Aujourd’hui, la Dre Blouin dirige le Quartier HEKA, une clinique interdisciplinaire ouverte à Québec en septembre dernier. Une dizaine de professionnels y collaborent – physiatre, ergothérapeute, kinésiologue, orthophoniste, thérapeute en relation d’aide – pour offrir une prise en charge globale aux artistes. L’équipe suit déjà des danseurs de Révolution, des acrobates du Cirque du Soleil, et reçoit des musiciens, notamment un trompettiste pour lequel il est crucial de planifier les interventions dentaires afin de ne pas altérer la sonorité de son instrument.
« Les médecins ne connaissent pas tous les problèmes de santé associés aux arts. Souvent, [les artistes] sont en errance médicale. Donc, c’est l’avantage d’avoir des professionnels de la santé formés en médecine des arts », explique la Dre Blouin.
Bien que la PAMA (Association de médecine des arts du spectacle) aux États-Unis propose des formations et des congrès, aucune université francophone reconnue n’offre à ce stade une formation initiale en médecine des arts. Le nanoprogramme de l’Université Laval ambitionne donc de pallier ce manque. La Dre Blouin prévoit également un déménagement de son centre dentaire et de la clinique HEKA au printemps 2027, dans le secteur de Fleur de lys, afin d’agrandir les locaux.
La majorité des soins offerts au Quartier HEKA sont remboursés par les assurances privées, une minorité étant remboursée par la RAMQ.