Publié le 07/10/2025 14:33:00. Une nouvelle étude de l’Université de Barcelone suggère qu’une combinaison de deux médicaments déjà sur le marché, le pemafibrate et le telmisartan, pourrait offrir une double action bénéfique : réduire l’accumulation de graisses dans le foie et diminuer le risque cardiovasculaire associé à la stéatohépatite métabolique (MASLD).
- La MASLD, la maladie du foie la plus répandue dans le monde, affecte environ un adulte sur trois.
- Des chercheurs ont observé que le pemafibrate et le telmisartan, administrés ensemble, diminuent significativement la stéatose hépatique dans des modèles de laboratoire.
- Cette approche combinée pourrait offrir une stratégie thérapeutique plus sûre et plus efficace, notamment en utilisant des doses réduites de chaque principe actif.
La stéatohépatite métabolique (MASLD), précédemment connue sous le nom de maladie du foie gras non alcoolique, représente un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale, touchant une proportion importante de la population adulte. Caractérisée par une surcharge graisseuse dans le foie, elle peut évoluer vers des complications hépatiques graves. Face à l’échec de nombreux nouveaux composés dans les essais cliniques, la réutilisation de médicaments existants apparaît comme une piste prometteuse.
C’est dans ce contexte qu’une équipe de l’Université de Barcelone, en collaboration avec l’Institut de recherche de Sant Pau, l’hôpital Clínic de Barcelone, Cibercv et l’Université d’Uppsala, a exploré le potentiel thérapeutique de la combinaison du pemafibrate, un agent hypolipidémiant, et du telmisartan, un antihypertenseur. La recherche, menée par Marta Alegret, professeure à la faculté de pharmacie et des sciences alimentaires de l’UB, visait à freiner la progression de la maladie dès ses stades précoces, nécessitant des médicaments au profil de sécurité optimal.
Des modèles animaux révèlent une synergie prometteuse
L’étude s’est appuyée sur des modèles expérimentaux avancés, notamment des poissons zèbres, un organisme de plus en plus utilisé pour son métabolisme lipidique et glucidique similaire à celui des mammifères, et ses avantages en termes de rapidité et de coût d’expérimentation. Des rats ont également été utilisés. Les résultats ont démontré que l’association du pemafibrate et du telmisartan inversait l’accumulation de graisses hépatiques induite par un régime alimentaire riche en graisses et en fructose.
Fait notable, l’administration simultanée de demi-doses de chaque médicament chez le rat s’est avérée aussi efficace que des doses complètes d’un seul des deux principes actifs. « La thérapie combinée avec des médicaments agissant sur différentes voies pathogènes peut être une meilleure stratégie que la monothérapie, grâce à d’éventuels effets synergiques et à une toxicité réduite liée à l’utilisation de doses plus faibles de chaque médicament », souligne Marta Alegret.
Des mécanismes d’action distincts élucidés
L’étude a également permis de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à cette action combinée. Si le pemafibrate agit comme un agent hypolipidémiant, le telmisartan, bien que connu pour ses effets anti-inflammatoires et anti-fibrotiques dans les stades avancés de la MASLD, a montré dans cette recherche un rôle déterminant dans la régulation du métabolisme lipidique dès les premières phases de la maladie. Les chercheurs ont identifié le rôle de la protéine PCK1 dans l’effet hépatique du telmisartan, ce dernier rétablissant les niveaux de cette protéine et réorientant le flux métabolique de la synthèse des lipides vers celle du glucose, sans impact sur la glycémie.
« Le telmisartan est un médicament qui a été utilisé dans d’autres modèles de MASLD, mais surtout à des stades plus avancés de la maladie, et ses effets bénéfiques ont été principalement attribués aux effets anti-inflammatoires et anti-fibrotiques. Mais dans les premiers stades de la maladie, il n’y a pas encore d’inflammation ou de fibrose, seulement une accumulation lipidique », explique Marta Alegret.
Vers une application clinique
Bien que ces résultats soient très encourageants, la prochaine étape cruciale consistera en la réalisation d’essais cliniques chez l’homme. Ces études sont indispensables pour confirmer que les bénéfices observés sur les modèles animaux se traduisent effectivement chez les patients atteints de MASLD.
L’équipe de recherche explore également l’efficacité de cette combinaison dans les stades plus avancés de la maladie, notamment en présence de fibrose hépatique, et envisage d’étudier son impact sur les maladies cardiovasculaires concomitantes. « Nous verrons si l’action bénéfique est observée non seulement dans le foie, mais aussi dans la réduction de l’athérosclérose », conclut Marta Alegret, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives thérapeutiques pour une pathologie complexe et répandue.