Publié le 24 octobre 2025. Le rêve américain de la voiture électrique s’essouffle : les constructeurs de Détroit ont subi des pertes cumulées de plus de 50 milliards de dollars suite à un ralentissement brutal de la demande et à la fin des aides gouvernementales.
- La fin des crédits d’impôt fédéraux de 7 500 $ (environ 6 900 €) a entraîné une chute de plus de 30 % des ventes de véhicules électriques au quatrième trimestre 2025.
- Des investissements de plus de 20 milliards de dollars (environ 18,5 milliards €) dans les usines de véhicules électriques et de batteries ont été annulés ou réduits.
- Les constructeurs américains reviennent en partie aux moteurs à combustion interne, signe d’un ralentissement de la transition énergétique.
Le marché automobile américain assiste à un retournement de situation inattendu. Les géants de Détroit – General Motors, Ford Motor et Stellantis – ont annoncé des pertes considérables alors que l’enthousiasme initial pour les véhicules électriques (VE) s’est transformé en un atterrissage forcé. La facture s’élève à plus de 50 milliards de dollars (environ 46 milliards €), un coup dur pour l’industrie automobile américaine.
L’expiration du crédit d’impôt fédéral de 7 500 $, en septembre dernier, a agi comme un frein brutal. Cette subvention avait joué un rôle déterminant dans l’adoption des VE par les consommateurs. Sans elle, les ventes ont chuté de plus de 30 % au quatrième trimestre, même pour des modèles populaires comme le Cybertruck de Tesla et le pick-up électrique de Ford.
Des investissements massifs remis en question
Ces dernières années, les constructeurs américains ont massivement investi dans la transition vers l’électrique, allouant des centaines de milliards de dollars à de nouvelles lignes de production, des usines de batteries et des plateformes dédiées. Ces investissements étaient basés sur des prévisions de croissance exponentielle de la demande, soutenues par des incitations réglementaires.
Aujourd’hui, la donne a changé. Selon les données d’Atlas Public Policy, plus de 20 milliards de dollars d’investissements précédemment annoncés dans les usines de VE et de batteries ont été annulés ou réduits d’ici la fin de l’année 2025. C’est la première baisse nette des investissements dans ce secteur depuis plusieurs années.
General Motors a licencié des milliers de travailleurs et a renoncé à ses projets de construction d’usines de moteurs électriques, revenant à la production de moteurs V8 et de pick-ups traditionnels. Ford Motor a dissous une coentreprise américaine de fabrication de batteries et a revu à la baisse ses ambitions, se concentrant sur un pick-up électrique à faible coût, prévu pour 2027. Stellantis, quant à lui, adopte une approche encore plus radicale, en liquidant ses participations dans les unités de batterie et en enregistrant la plus importante dépréciation jamais annoncée dans l’industrie.
« La vitesse de la transition énergétique a été surestimée, et nos décisions stratégiques n’étaient pas toujours alignées sur les besoins et les capacités réels des consommateurs. »
PDG de Stellantis
Un contexte politique défavorable
L’élimination du crédit d’impôt pour les véhicules électriques et l’assouplissement par le Congrès des règles fédérales en matière d’économie de carburant ont supprimé deux piliers essentiels du soutien à la transition énergétique. Même avant ces changements, la demande était inférieure aux attentes initiales.
Cette situation a entraîné une vague de « réindustrialisation » vers le modèle traditionnel. Les usines initialement conçues pour la production de camions électriques sont progressivement reconverties à la fabrication de moteurs à combustion interne. La stratégie de transition n’est pas totalement abandonnée, mais elle est réduite et reportée.
Une dynamique mondiale contrastée
Alors que le marché américain des voitures électriques connaît un ralentissement marqué, d’autres marchés affichent une dynamique plus positive. En Chine, BYD a dépassé Tesla en tant que plus grand constructeur mondial de véhicules électriques et a considérablement augmenté ses livraisons internationales, malgré une concurrence intérieure croissante et une réduction des subventions gouvernementales. Wall Street Journal
Cependant, même en Chine et en Europe, le rythme de croissance des véhicules électriques ralentit. Le marché mondial se stabilise, laissant entrevoir une transition moins rapide que prévu.
Ces 50 milliards de dollars de pertes ne signifient pas l’échec de la technologie des véhicules électriques, mais elles soulignent le coût d’une stratégie basée sur une transition plus rapide que la réalité. La transition vers l’électrique sera probablement plus lente, plus sélective et moins dépendante des subventions gouvernementales. Pour Détroit, le défi consiste désormais à trouver le bon équilibre et le bon rythme pour cette transition, sans perdre de terrain sur un marché mondial qui, bien que ralenti, continue d’adopter progressivement les moteurs électriques.