Publié le 25 octobre 2025. Une récente publication du New England Journal of Medicine a suscité la controverse en associant les défenseurs de la personnalité fœtale à des figures de l’esclavage, accusant implicitement de dévaloriser la vie à naître.
Le débat autour de la personnalité fœtale, une question complexe et sensible, est aujourd’hui mis en lumière par une tribune parue dans le prestigieux New England Journal of Medicine. Deux doctorants y décrivent l’idéologie de la personnalité fœtale comme le moteur d’une « criminalisation » de la grossesse, allant jusqu’à y voir des racines historiques communes avec les pratiques de l’esclavage aux États-Unis.
L’article, intitulé « Personnalité fœtale et criminalisation reproductive », avance que cette idéologie sous-tend les interdictions d’avorter, les poursuites contre les femmes enceintes pour des comportements jugés dangereux pour le fœtus, et les lois sur l’homicide fœtal. Selon les auteurs, cette approche aurait conduit à des enquêtes, arrestations et condamnations de femmes enceintes, souvent pour consommation de substances, alors même que la communauté médicale considère la dépendance comme une condition nécessitant des soins et un soutien plutôt qu’une punition.
« L’idéologie de la personnalité fœtale est la force sous-jacente à l’interdiction et aux restrictions de l’avortement, aux poursuites contre les femmes enceintes en raison d’une conduite jugée potentiellement dangereuse pour le fœtus et aux lois sur l’homicide fœtal qui permettent de traiter le fœtus comme la victime d’un crime. Cette idéologie étant ancrée dans les lois et les décisions judiciaires des États, les États ont soumis les femmes à des enquêtes, des arrestations, des poursuites, des incarcérations, des séquestrations civiles et d’autres privations de liberté en raison de leur grossesse. La plupart des cas de criminalisation de la grossesse sont liés à la consommation prénatale de substances, malgré le consensus médical selon lequel le trouble lié à la consommation de substances est une condition médicale qui nécessite des soins de santé et un soutien, plutôt qu’une punition. »
La critique souligne que ces mesures visent des actes illégaux commis pendant la grossesse qui mettent en danger l’enfant à naître, et non la grossesse en elle-même. Si la dépendance est reconnue comme un problème médical, l’argument est qu’elle n’exonère pas de la mise en danger d’un nouveau-né, tout comme la négligence envers un enfant né ne serait pas excusée par une condition médicale.
La tribune établit ensuite un parallèle historique troublant, affirmant que les racines de l’idée de personnalité fœtale remontent à l’époque de l’esclavage aux États-Unis. Elle cite Dorothy Roberts dans son ouvrage Killing the Black Body, décrivant comment le corps des femmes noires était considéré comme une propriété et leurs grossesses soumises à un contrôle économique et sociopolitique. L’image d’esclavagistes obligeant des femmes esclaves à s’allonger sur le sol, avec un trou creusé pour protéger le fœtus pendant que la mère était fouettée, est utilisée pour illustrer les origines de l’idéologie de la personnalité fœtale, qu’elle juge traumatisante et culpabilisante pour les femmes enceintes, particulièrement celles issues de milieux pauvres, noirs ou marginalisés.
« Bien que des éléments du mouvement juridique moderne en faveur de la personnalité fœtale aient pris forme dans les années 1960, les racines de l’idée de la personnalité fœtale remontent à l’époque de l’esclavage aux États-Unis, lorsque le corps des femmes noires était traité comme une propriété et que leurs grossesses étaient soumises à un contrôle économique et sociopolitique. Comme l’explique Dorothy Roberts dans Tuer le corps noirle concept du fœtus comme distinct de la femme enceinte – et nécessitant une « protection » contre tout danger – est illustré par la pratique des propriétaires d’esclaves obligeant les femmes à s’allonger sur le sol, avec un trou creusé pour soi-disant protéger le fœtus, pendant que la femme était fouettée. Cette image horrible reflète les origines et les effets traumatisants de l’idéologie de la personnalité fœtale, qui prétend protéger le fœtus tout en punissant et en ignorant l’humanité de la femme enceinte – en particulier les femmes pauvres, noires ou marginalisées. »
Cette comparaison est vivement critiquée, certains considérant que les implications voulues par les auteurs sont diffamatoires à l’égard des défenseurs contemporains de la personnalité fœtale. L’argument est que le mouvement pro-vie cherche au contraire à protéger les bébés noirs, et non à les nuire, remettant en question le caractère raciste de cette idéologie. La science de l’embryologie, qui démontre que l’enfant à naître est un organisme distinct mais dépendant de sa mère, est rappelée comme une donnée factuelle qui ne saurait être altérée par des abus historiques.
L’article exprime également des craintes quant à l’impact des lois pro-vie et des croyances sur la personnalité fœtale, suggérant qu’elles créent un climat d’incertitude et d’inquiétude pour les patients et les professionnels de santé, potentiellement au détriment de l’accès aux soins de santé reproductive et de la confiance dans le système de santé.
« Ses effets vont bien au-delà des personnes directement criminalisées et créent un environnement d’incertitude et d’inquiétude parmi les patients et les professionnels de la santé – un environnement qui peut réduire l’accès aux soins de santé reproductive, accroître la méfiance à l’égard du système de santé et, en fin de compte, aggraver la santé et exacerber les inégalités en matière de santé. Avec l’incertitude croissante quant à savoir si une action particulière est considérée comme criminelle, de nombreuses personnes peuvent éviter de recourir à des soins prénatals, retarder le traitement d’une fausse couche, cacher des informations essentielles sur leur santé à leur médecin ou s’abstenir de prendre des médicaments nécessaires pendant la grossesse. Les retards ou les réductions des soins de santé périnatals peuvent nuire à la fois aux patientes enceintes et à leurs nourrissons. »
Cependant, ces inquiétudes sont jugées exagérées par des affirmations trompeuses, notamment le cas des grossesses extra-utérines. Les partisans du droit à l’avortement auraient tendance à affirmer que les lois interdisant l’avortement empêchent leur traitement, tandis que les pro-vie insistent sur le fait que les fausses couches et les grossesses extra-utérines ne sont pas considérées comme des avortements au regard des lois pro-vie.
En fin de compte, les lois sur la personnalité fœtale visent à reconnaître les êtres humains naissants comme des membres de la communauté morale, leur conférant ainsi une valeur intrinsèque. Sans elles, l’enfant à naître serait dépourvu de valeur morale et donc potentiellement soumis à toute action. L’article cite la loi du Vermont, qui stipule qu’un ovule, un embryon ou un fœtus fécondé n’a pas de droits indépendants en vertu de la loi de cet État. Cette absence de droits reconnus impliquerait que les vies à naître n’ont pas de droits auxquels les personnes nées seraient tenues de se conformer.
« Un ovule, un embryon ou un fœtus fécondé n’a pas de droits indépendants en vertu de la loi du Vermont. »
Cette position est interprétée comme une indifférence envers les plus vulnérables, une froideur qui, selon le critique, rend la société moins aimante et moins compatissante.