Un sommeil perturbé, un risque accru de démence : une nouvelle étude jette un éclairage inquiétant sur les conséquences à long terme de l’insomnie chronique. Les troubles du sommeil, loin d’être de simples désagréments, pourraient sérieusement affecter la santé cognitive des personnes âgées.
Près de la moitié des Allemands se disent touchés par des troubles du sommeil, c’est-à-dire des difficultés à s’endormir ou à rester endormi. Selon les données de Statista Consumer Insights, environ 10 % de la population, soit quelque six millions de personnes rien qu’en Allemagne, souffrent de ces troubles de manière chronique. Les répercussions vont bien au-delà d’une simple mauvaise humeur ou d’une consommation accrue de caféine. À terme, le manque de sommeil peut engendrer des problèmes de concentration, un épuisement chronique, un stress accru, des maux de tête, et augmenter le risque de maladies cardiaques, de diabète, ainsi que nuire à la santé mentale.
À cette liste alarmante s’ajoute désormais un risque plus élevé de développer une démence. C’est la conclusion d’une étude menée par une équipe de recherche américaine dirigée par Diego Z. Carvalho, du Center for Sleep Medicine de la Mayo Clinic à Rochester, Minnesota. Les chercheurs se sont penchés sur le lien encore peu étudié entre l’insomnie chronique, les conséquences cognitives à long terme et la santé cérébrale chez les personnes âgées.
Une augmentation significative du risque de démence
Pour cette étude, près de 3 000 participants, âgés en moyenne de 70 ans, ont été examinés. Les critères retenus pour souffrir de troubles chroniques du sommeil étaient de les éprouver au moins trois jours par semaine pendant une période d’au moins trois mois. Les résultats sont sans équivoque : les personnes atteintes de troubles chroniques du sommeil présentaient un risque 40 % plus élevé de développer une démence comparativement à celles bénéficiant d’un sommeil suffisant et de qualité.
Plus précisément, le lien entre la réduction du sommeil et la démence pourrait se traduire par un vieillissement accéléré du cerveau, équivalent à 3,5 années supplémentaires. « L’insomnie n’affecte pas seulement la façon dont on se sent le lendemain, mais, avec le temps, elle peut également altérer la santé de notre cerveau », explique Diego Z. Carvalho. « Nous avons observé un déclin plus rapide des capacités de réflexion et des changements cérébraux suggérant que l’insomnie chronique pourrait être un signe avant-coureur, voire un facteur de risque de futurs problèmes cognitifs. »
Des paramètres cérébraux affectés
Les participants à l’étude ont été suivis sur une période moyenne de 5,6 ans. Pendant ce laps de temps, 16 % d’entre eux souffraient de troubles chroniques du sommeil. Au sein de ce groupe, 14 % ont développé des troubles cognitifs légers ou une démence. À titre de comparaison, dans le groupe témoin n’ayant pas de troubles du sommeil, ce chiffre s’élevait à 10 %.
Les chercheurs ont analysé plusieurs paramètres cliniques associés à un déclin des fonctions cérébrales ou à une augmentation du risque de démence. Il s’agissait de la performance cognitive de base, de l’apparition de microlésions dans la substance blanche du cerveau (appelées hyperintensités), et des dépôts d’amyloïdes dans le cerveau. « Nos résultats suggèrent que l’insomnie peut affecter le cerveau de multiples façons », conclut Diego Z. Carvalho.
Il est toutefois à noter que l’équipe a analysé des données issues de dossiers médicaux de patients diagnostiqués pour des troubles du sommeil. Les cas non diagnostiqués n’ont pas été pris en compte, et la gravité exacte des troubles du sommeil n’a pas été évaluée en détail.