Publié le 2025-10-20 13:19:00. Une nouvelle étude suggère qu’un simple test de force de préhension pourrait être un indicateur précoce du risque de développer des maladies liées à l’obésité, bien avant l’apparition des symptômes cliniques.
- Une diminution de la force de préhension est associée à un risque accru de progression de l’obésité préclinique vers des stades plus avancés et des dysfonctionnements métaboliques.
- Chaque augmentation d’un écart type de la force de préhension réduit significativement le risque de progression vers un dysfonctionnement induit par l’obésité ou le décès.
- Le rapport muscle/poids (MWR) semble être un indicateur plus fiable que les méthodes traditionnelles comme l’indice de masse corporelle (IMC) pour évaluer le risque lié à l’obésité.
L’obésité, reconnue officiellement comme une maladie en janvier 2025, pose un défi sanitaire mondial croissant en raison de ses liens avec de nombreux problèmes de santé à long terme. L’identification précoce des individus à risque est donc cruciale pour la mise en place de stratégies préventives efficaces. Une étude récente, publiée dans *The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism*, explore le potentiel de la force de préhension comme outil de prédiction de la progression de l’obésité avant même l’apparition de symptômes manifestes.
L’indice de masse corporelle (IMC), mesure couramment utilisée pour diagnostiquer l’obésité, présente des limites. Il ne distingue pas la masse musculaire de la masse grasse, ni la localisation de cette dernière, or la graisse viscérale est particulièrement dangereuse pour la santé cardiovasculaire et métabolique. De plus, l’IMC ne prend pas en compte la diversité des phénotypes de l’obésité. Chez les adultes jeunes et d’âge moyen, le pourcentage de graisse corporelle totale est souvent un meilleur indicateur, même avec un IMC normal. La faiblesse musculaire, souvent associée à l’obésité viscérale, est corrélée à un risque accru de handicaps, de maladies chroniques et de décès. La force musculaire semble ainsi être un reflet plus fidèle des conséquences sanitaires de l’obésité que l’IMC seul. Des recherches antérieures ont montré qu’une faible force de préhension pouvait prédire un risque de mortalité accru chez les plus de 50 ans, indépendamment de l’IMC.
Une étude basée sur la biobanque britannique
Les données de cette recherche proviennent de la Biobanque britannique. Les chercheurs ont identifié des participants présentant un IMC élevé et au moins un signe de dysfonctionnement lié à l’obésité, tels que des maladies cardiovasculaires, de l’apnée, de la fatigue chronique, une insuffisance cardiaque, de l’hypertension, une maladie rénale ou des douleurs articulaires sévères.
L’étude s’est concentrée sur l’association entre la force de préhension et la transition de l’obésité préclinique à l’obésité clinique. Cette dernière est définie par un IMC élevé, associé à un excès de tour de taille, de rapport taille/hanche, de rapport taille/hauteur ou de pourcentage de graisse corporelle.
Trois modèles statistiques ont été employés pour analyser les trajectoires de la force de préhension, depuis la mesure initiale jusqu’au déclin fonctionnel ou au décès. Ces modèles suivaient différentes voies de progression, incluant des stades de dysfonctionnement induits par l’obésité.
Le rapport muscle/poids (MWR) et le rapport masse maigre/poids (LWR) ont été calculés à partir d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et d’absorptiométrie biphotonique à rayons X (DXA), respectivement. Ces mesures permettent d’évaluer la proportion de masse musculaire par rapport au poids corporel total.
Des résultats prometteurs pour la force de préhension
Sur une période de suivi moyenne de 13,4 ans, 8 163 décès ont été enregistrés. L’analyse a révélé que chaque augmentation d’un écart type (ET) de la force de préhension était associée à une réduction significative du risque de progression à travers les stades de l’obésité préclinique.
La réduction la plus marquée du risque a été observée dans la transition de la ligne de base au premier dysfonctionnement, avec une baisse de 14 % pour chaque ET d’augmentation de la force de préhension. Des réductions substantielles ont également été constatées pour les autres transitions analysées, y compris une diminution de 9 % du risque de mortalité toutes causes confondues, même en l’absence de dysfonctionnement identifié.
Les participants appartenant au tertile présentant la force de préhension la plus élevée ont montré une protection dans tous les modèles étudiés. Cet effet protecteur était particulièrement marqué lors de la transition entre un double dysfonctionnement et le décès, avec une réduction du risque de 23 % par ET d’augmentation de la force de préhension.
Ces conclusions renforcent les recherches antérieures qui indiquent que la force musculaire est un meilleur prédicteur de la santé que l’IMC. La force de préhension accrue est notamment associée à une meilleure régulation du glucose et des lipides.
L’étude a également mis en évidence que le rapport muscle/poids (MWR) était plus fortement lié à une réduction du risque de progression de l’obésité préclinique que les données issues de la DXA, suggérant que cette dernière pourrait sous-estimer la perte musculaire liée au vieillissement.
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer cette association. Une force de préhension plus élevée est corrélée à un pourcentage de graisse corporelle plus faible, ce qui est bénéfique car les dépôts graisseux sont à l’origine de nombreux dysfonctionnements liés à l’obésité. De plus, les individus les plus forts présentaient initialement des niveaux inférieurs de protéine C-réactive (CRP), un marqueur de l’inflammation.
Les muscles squelettiques sécrètent des myokines, des molécules jouant un rôle dans la régulation du métabolisme et de la sensibilité à l’insuline. Une diminution de la force musculaire pourrait altérer ces voies protectrices. Les auteurs suggèrent également qu’une faible force musculaire pourrait être associée à une densité osseuse réduite, un facteur connu pour augmenter le risque cardiovasculaire.
Perspectives et conclusions
Cette étude apporte une nouvelle preuve significative du lien entre la force de préhension et la prévention des maladies liées à l’obésité. Les auteurs concluent que :
« L’augmentation de la force de préhension était significativement associée à une diminution du risque de progression des dysfonctionnements induits par l’obésité et de mortalité due à de multiples causes. »
Il est important de noter qu’il s’agit d’une étude d’observation, qui ne permet pas d’établir un lien de causalité direct. Des recherches futures seront nécessaires pour confirmer ces résultats et les étendre à d’autres populations.
Cependant, ces découvertes ouvrent des perspectives intéressantes pour le développement musculaire en tant qu’intervention précoce visant à prévenir la progression de l’obésité préclinique. Il est à souligner que ces conclusions s’appliquent spécifiquement aux individus présentant une obésité préclinique au départ et ne peuvent être généralisées à d’autres groupes.