La pilule contraceptive, une méthode de contraception courante, soulève de nombreuses questions quant à ses effets sur le corps féminin. Au-delà de la prévention des grossesses, quels sont ses impacts réels sur le cycle, la peau, l’humeur ou encore la fertilité ? Le point avec une experte.
- Les « règles » induites par la pilule diffèrent des menstruations naturelles par leur origine, mais leur composition reste identique.
- Retarder ses règles avec la pilule est sans danger, et de nombreuses études le confirment.
- La pilule contraceptive combinée peut améliorer la peau, tandis que son arrêt peut parfois entraîner une aggravation de l’acné.
La pilule contraceptive, pilier de la contraception féminine depuis des décennies, suscite encore interrogations et parfois appréhensions. Qu’en est-il de ces « règles » artificielles, de ses effets sur la peau, la libido, ou encore des risques potentiels à long terme ? Le Pr. Angelica Lindén Hirschberg, gynécologue et professeure d’obstétrique et de gynécologie au Karolinska Institutet, clarifie les points essentiels.
Contrairement aux menstruations naturelles, qui résultent du rejet de l’endomètre sous l’action des hormones du corps, les saignements observés lors de la prise de pilules contraceptives sont régulés par la prise du contraceptif lui-même. Néanmoins, la composition de ces saignements reste la même.
L’idée de retarder ses règles, voire de les supprimer, est une pratique courante et, rassure le Pr. Lindén Hirschberg, totalement sans danger. « Il existe de nombreuses études qui le soutiennent. Vous n’êtes pas du tout obligé d’avoir vos règles lorsque vous utilisez la pilule », affirme-t-elle.
Une influence sur la peau et l’humeur
L’un des effets secondaires positifs souvent rapportés concerne l’amélioration de la peau. Le Pr. Lindén Hirschberg confirme que la pilule contraceptive combinée, la plus répandue, peut avoir cet effet bénéfique. À l’inverse, l’arrêt de ce traitement peut parfois entraîner une réapparition ou une aggravation de l’acné. D’autres méthodes contraceptives, comme les injections, les implants ou certains dispositifs intra-utérins (DIU) hormonaux, peuvent cependant avoir un impact négatif sur la qualité de la peau.
Quant à l’humeur, la pilule peut, dans certains cas, affecter les femmes. « Cela dépend un peu de votre prédisposition en tant que personne, mais aussi du type de pilule contraceptive que vous utilisez », explique la spécialiste. Elle souligne l’importance de consulter un professionnel de santé pour discuter de ces effets.
La pilule contraceptive peut également avoir un impact sur la vie sexuelle. Une étude menée par le Pr. Lindén Hirschberg a montré que, comparativement à un placebo, la pilule combinée pouvait affecter le désir, la satisfaction et l’excitation, bien que de manière limitée. « Dans de nombreux cas, vous ne remarquez aucune différence », précise-t-elle.
Un rempart contre certains maux
Parmi les bénéfices potentiels, la pilule contraceptive peut soulager les symptômes du syndrome prémenstruel (SPM). Certaines formules, contenant de la drospirénone, ont démontré leur efficacité à cet égard, sans provoquer d’effets secondaires sur l’humeur, et sont souvent recommandées aux femmes souffrant de SPM.
L’endométriose, une maladie chronique caractérisée par la croissance de tissu utérin en dehors de l’utérus, peut également être gérée grâce à la pilule. « C’est un des traitements standards. C’est surtout l’hormone du corps jaune contenue dans la pilule contraceptive orale combinée qui inhibe l’activité de l’endométriose », indique le Pr. Lindén Hirschberg. Elle ajoute que les pilules peuvent également atténuer les règles douloureuses, fréquentes chez les femmes atteintes de cette pathologie.
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un déséquilibre hormonal affectant l’ovulation, peut également être pris en charge. La pilule contraceptive permet de réguler les cycles menstruels et de contrer l’augmentation de la pilosité corporelle, un symptôme fréquent du SOPK.
Idées reçues et réalité
Le Pr. Lindén Hirschberg dément plusieurs idées reçues tenaces. La pilule contraceptive n’affecte pas la fertilité ; la capacité à concevoir reprend normalement après l’arrêt du traitement. Elle ne modifie pas non plus les préférences sexuelles, comme l’a démontré une étude.
Concernant la prise de poids, elle est généralement peu liée à la pilule, bien que cela puisse varier selon les formulations. Les études suggèrent que le poids initial et l’âge de début de prise sont des facteurs plus déterminants.
Risques et précautions
Il est essentiel de rappeler que la pilule contraceptive ne protège pas contre les infections sexuellement transmissibles (IST). La contraception et la prévention des IST nécessitent donc souvent une double protection.
Un risque légèrement accru de caillots sanguins est associé aux pilules contraceptives combinées. Cependant, le risque de base étant déjà très faible, le nombre de personnes réellement affectées demeure minime.
Quant au risque de cancer du sein, le Pr. Lindén Hirschberg mentionne une très légère augmentation qui s’estompe après l’arrêt. Étant donné la rareté du cancer du sein chez les femmes en âge de prendre la pilule, ce risque est considéré comme négligeable. À l’inverse, la pilule présente un effet protecteur contre certains cancers, comme celui de l’ovaire.
Pilules actives et placebo
Les fameuses « pilules de sucre » ou placebos, incluses dans certains plaquettes pour faciliter la prise quotidienne, n’ont pas de fonction hormonale. Elles peuvent être omises, et sont même déconseillées par certains professionnels pour assurer un apport hormonal constant, surtout en cas de SPM ou de règles douloureuses.
Il est également important de suivre l’ordre des pilules indiqué sur la plaquette, surtout pour les comprimés dont la teneur en hormones varie au cours du cycle.
Des avancées à venir ?
La question d’une pilule contraceptive masculine est sur la table. « Oui, c’est définitivement en cours », affirme le Pr. Lindén Hirschberg, anticipant sa sortie prochaine.
Enfin, pour les femmes de plus de 40 ans, l’usage de la pilule contraceptive est possible, mais nécessite une évaluation individuelle des risques, notamment cardiovasculaires. Elle est généralement déconseillée à l’approche de la ménopause.